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Pérégrinations de cinq héros par Reardon

Pérégrinations de cinq héros


Les héros récurents

Cinq personnages sont les héros (ou les anti-héros) d'aventures multiples et ont fait la fortune de leurs auteurs. Ce sont dans l'ordre alphabétique :
· Gabriel Knight (de Jane Jensen) n'est apparu que dans 3 aventures chez Sierra, une quatrième en projet verra peut être le jour ;
¬∑ Larry Laffer (de Al Lowe) au cours des 6 et bient√īt 7 √©pisodes de la s√©rie Leisure Suit Larry de chez Sierra √©galement ;
· Tex Murphy créé par Chris Jones et Aaron Conners chez Access Software a hanté 5 aventures ;
· George Stobbart (de Charles Cecil) a lui aussi connu 3 aventures dans la série Broken Sword - Les Chevaliers de Baphomet de chez Revolution Software ;
· Guybrush Threepwood (de Ron Gilbert, Tim Schafer, Dave Grossman et Orson Scott Card, auteur des répliques dans les duels d'insultes) est apparu dans 4 épisodes de Monkey Islands produit par LucasArts. Un cinquième volet serait le bienvenu : voir la pétition en fin d'article.
C'est peu s'avancer que de dire que ces h√©ros sont entr√©s dans la l√©gende et resteront √† jamais des r√©f√©rences √† c√īt√© de - tous supports confondus - Lara Croft, Batman ou Tintin. Ils m√©ritent donc ce petit hommage.

Gabriel Knight

Gabriel Knight constitue une s√©rie de jeux d'aventure produite par la Sierra Corporation dans les ann√©es 1990. Cette s√©rie est due √† l'√©crivain Jane Jensen qui travailla √©galement sur King's Quest VI aux c√īt√©s de la non moins c√©l√®bre game designer Roberta Williams.
Gabriel Knight est présent dans 3 aventures : un quatrième épisode est annoncé.
Gabriel Knight 1: Sins of the Fathers - 1993
The Beast within - 1995
Gabriel Knight 3: Enigme en pays Cathare - 1999
Gabriel Knight 4 : Identity Crisis

Gabriel Knight qui réside à La Nouvelle Orléans, est un écrivain qui peut avoir dans les 25 ans et qui possède une boutique de vieux bouquins, St. George's Books, qu'il laisse en garde la plupart du temps à son amie Grace. De chasseur de scoops qui doivent lui servir de bases à ses romans, il va se transformer aux fils de ses aventures en chasseur d'ombre, en Schattenjäger. Le premier épisode de la série Sins of the Fathers, les Péchés des Pères, se déroule par journées. Jeu non linéaire, la journée ne peut être achevée que lorsque tout ce qui la concerne a été découvert par le joueur. La série conservera ce principe en remplaçant les jours par des chapitres ou des périodes temporelles plus ou moins longues.
Dans Sins of the Fathers, nous suivons Gabriel Knight dans son quotidien entre la gestion de sa boutique de bouquiniste et sa tentative d'écrire un livre de mystère quand une série de crimes dont le rituel n'est pas sans rappeler le vaudou se déroule aux environs de la Saint Jean. Gabriel qui y voit un sujet pour son livre commence son enquête. C'est alors qu'il découvre que ses ancêtres lui ont laissé en héritage le don de Chasseur d'Ombres, de Schattenjäger (Celui qui traque les forces du mal) et qu'une antique malédiction plane sur sa famille depuis que l'un de ses ancêtres a failli à sa mission des siècles auparavant. La malédiction poursuit la famille de Gabriel depuis cette période et s'imbrique dans la vie de Gabriel par l'intrusion du tueur vaudou. La décision de Gabriel de choisir entre l'amour et le devoir fournit l'une des deux fins possibles. Dans les deux épisodes qui suivent, Grace prend davantage d'étoffe et de gérante de magasin, elle prend le statut de véritable assistante de Gabriel.
The Beast within - Le second épisode se déroule un an plus tard. Gabriel Knight s'efforce en vain d'écrire son second roman. Le premier, basé sur les crimes vaudou, est devenu un best-seller et Gabriel s'est installé dans sa demeure ancestrale, le Schloss Ritter, situé en Bavière, à Rittersberg. Gabriel est un jour sollicité par les villageois pour enquêter sur ce qui semble être une agression due à un loup-garou. Grace le rejoint à Rittersberg pour l'assister dans son enquête et tour à tour le joueur aura à suivre l'un ou l'autre. Ensemble, ils mettent à jour le mythe du Loup Noir de Bavière, des soupçons de lycanthropie retombant sur Louis II de Bavière, liés à un opéra perdu de Wagner.
Gabriel Knight III- Blood of the Sacred, Blood of the Damned - Gabriel voyage en France pour enqu√™ter sur une histoire de vampirisme affectant une famille de la noblesse et d√©couvre qu'autour du tr√©sor de Rennes-le-Ch√Ęteau (Aude) se tisse tout un filet d'intrigues. Comme dans l'√©pisode pr√©c√©dent, Gabriel et Grace Nakimura devenue une sp√©cialiste de la micro informatique - qui semble devenue plus qu'une secr√©taire - ont tour √† tour le premier r√īle.
Mélange savamment dosé de fiction et de faits réels, progression dans l'évolution des personnages (relations évolutives entre Grace et Gabriel, par exemple), la série des Gabriel Knight peut être donnée comme un exemple de réussite tant au point de vue du scénario que du support. La musique de la série est due à Robert Holmes, le mari de Jane Jensen et elle contribue magnifiquement à créer l'ambiance.




Larry Laffer

Incontournable personnage de chez Sierra, le héros récurent de la série Leisure Suit Larry de Al Lowe débutée en 1987, Larry Laffer est l'exemple type de l'anti-héros qui hante 6 aventures numérotées de 1 à 7. Inutile de chercher la quatrième, elle n'existe pas. Par contre une 7ème qui portera le numéro 8 est en prévision.
Leisure Suit Larry 1: In the Land of the Lounge Lizards - 1987
Leisure Suit Larry 2: Larry Goes Looking for Love (In Several Wrong Places!) - 1988
Leisure Suit Larry 3: Passionate Patti in Pursuit of the Pulsating Pectorals! - 1989
Leisure Suit Larry 5: Passionate Patti Does a Little Undercover Work! - 1991
Leisure Suit Larry 6: Shape Up or Slip Out! - 1993
Leisure Suit Larry 7: Drague en Haute Mer - 1996
Leisure Suit Larry 8: Magna Cum Laude - 2004
Sur les disquettes manquantes,
Leisure Suit Larry 4: The Missing Floppies lire l'article inclus.

1. Introduction : la trilogie mère
2. Leisure Suit Larry 4 : les disquettes manquantes : interview d'Al Lowe
3. La suite des nombreux déboires et des quelques réussites de Larry
4. La véritable biographie de Larry, par Ralph Roberts & Al Lowe
5. Le livre noir (et rose) de Larry
6. Liens

Larry Laffer appartient √† la classe moyenne et porte un costume blanc : Leisure Suit, un costume l√©ger, de loisirs ou mieux de d√©tente comme c'√©tait la vogue dans les ann√©es 70. Il a un physique tr√®s quelconque et c'est surtout un dragueur imp√©nitent auxquels les femmes r√©ussissent mal : il aurait m√™me tendance √† incarner l'√©ternel perdant. Sa m√©thode de drague est simple et r√©p√©titive : il accoste une jeune femme, se renseigne sur ses centres d'int√©r√™t et ce qu'ils occasionnent comme insatisfaction, offre l'objet convoit√©, l'id√©e ou le moyen de combler le manque, esp√®re en retour de la reconnaissance (ce qui pour lui signifie toujours coucher, mais ce qui pour ses partenaires peut avoir un tout autre sens). Con√ßu initialement comme une trilogie, le succ√®s de la s√©rie a contraint ses producteurs √† envisager et √©crire des suites. Leisure Suit Larry s'est vendu √† 35 millions d'exemplaires tous jeux confondus : comment expliquer ce succ√®s ? Simplement par le contexte : une Am√©rique protestante et puritaine o√Ļ des √©tats comme la Californie r√™vent toujours d'interdire les jeux vid√©o pour adultes - et LSL est plus que licencieux, il est parfois carr√©ment vulgaire (une vulgarit√© temp√©r√©e par un humour d√©brid√©) ; de plus, son personnage a des c√īt√©s pervers ; et plus g√©n√©ralement c'est le type de jeux qui fascinait alors les gar√ßons impub√®res et les pr√©adolescents boutonneux d√©j√† plus branch√©s informatique que leurs parents insoup√ßonneux. Le parcours de Larry commence effectivement lorsqu'il d√©couvre dans les toilettes d'un bar de nuit Chez Lefty un graffiti lui offrant quelque esp√©rance. Les √©tapes de sa qu√™te seront jalonn√©es de poup√©e gonflable et de pr√©servatif plus que de conclusion r√©elle avec le beau sexe. Pourtant quand le jeu se termine, Larry a fini par obtenir les faveurs d'Eve. Dans le second √©pisode Larry Goes Looking For Love (In Several Wrong Places), - Larry √† la recherche de l'amour dans quelques mauvais lieux - notre h√©ros est en train de tondre la pelouse d'Eve dont il squatte la maison lorsque la belle survenant malencontreusement le jette √† la rue sans m√©nagement. Il participe √† un jeu t√©l√©vis√© et gagne une croisi√®re √† laquelle il doit √©chapper ainsi qu'aux agents secrets lanc√©s √† sa poursuite comme lui-m√™me est √† la poursuite de la femme de ses r√™ves, qu'il d√©couvrira sous les traits d'une indig√®ne Kalalau. C√©libataire endurci, il n'√©chappera cependant pas au mariage √† la fin du jeu. Le troisi√®me √©pisode Passionate Patti in Pursuit of the Pulsating Pectorals est d√®s le d√©but marqu√© par un retour au c√©libat : Larry est en plein divorce. Apr√®s de multiples essais, il finit par rencontrer Passionate Patti avec laquelle il file le parfait amour mais la jeune femme parle pendant son sommeil et Larry se m√©prenant sur le sens de ses paroles quitte la belle endormie. Passionate Patti √† son r√©veil trouvant la couche vide part alors √† la recherche de Larry, l'homme de sa vie. Ainsi se termine la trilogie initiale.
Leisure Suit Larry 4: The Missing Floppies : les disquettes manquantes
Voici ce qu'en dit Al Lowe lui-même :
Voici en r√©alit√© pourquoi Leisure Suit Larry 5 suit Leisure Suit Larry 3. Si vous avez termin√© Larry 3, vous savez que je me suis arrang√© pour conclure tout ce qui √©tait en suspens et puis j'ai tir√© un grand trait. Je savais que c'√©tait le dernier de la trilogie et je voulais que tout soit impeccable. C'est pourquoi j'ai organis√© une sortie pour Larry. L'√©cran final montre Passionnate Patti en train de se faire bronzer au bord de Bass Lake tandis que Larry, nouvellement recrut√© par Sierra commence √† programmer un jeu pour Ken Williams. Et c'est par l'allusion de Larry au Lefty's Bar o√Ļ tout avait commenc√© que cette aventure devait se terminer.
Remettez vous dans le contexte de l'√©poque et souvenez-vous qu'aucun jeu n'avait jamais eu plus de trois √©pisodes. Ken et moi, nous n'avions eu aucune raison de penser que Larry puisse sortir de ce cadre. On s'est donc tous les deux attel√©s √† rechercher des id√©es pour un autre projet. Et c'est comme √ßa qu'on a trouv√© le concept d'inventer un jeu en utilisant l'Internet. L√†, vous m'interrompez et vous me dites : "Eh ! Attendez voir un peu ! Cette id√©e l√†, c'est d'Al Gore, pas d'Al Lowe!" Faux ! Il s'en est fallu d'un poil ! On √©tait si na√Įfs, si pr√©somptueux - si aveugles ? - que quand Ken a propos√© l'id√©e d'un jeu d'aventures o√Ļ plusieurs joueurs pourraient interagir ensemble par le biais des modems, nous avons dit : "C'est s√Ľrement une excellente id√©e, Ken !" Et on s'est r√©ellement attel√©s √† la r√©alisation de ce projet qui devait devenir Leisure Suit Larry 4, le premier jeu d'aventures multi joueurs en ligne.
Jeff Stephenson et Matthew George s'occuperaient des codes système et moi, de la conception et d'une partie de la programmation. On a choisi chacun un bureau, on a pris un pot de café et on a commencé le codage en janvier 1991. On s'est alors posé quelques questions de base:
Comment les gens allaient-ils pouvoir se relier ?
Le seul moyen que nous connaissions √©tait au moyen des modems commut√©s. Alors on a rempli un ordinateur de modems, puis on a achet√© un ch√Ęssis suppl√©mentaire qu'on a aussi rempli de modems, puis on a branch√© un nouveau ch√Ęssis et on a continu√© √† les connecter. Pourrions-nous attendre les modems 2400-baud ? Nous avons choisi "d'exiger" une vitesse de 1200-baud minimum mais en recommandant la technologie la plus rapide existante alors, mais qui co√Ľtait encore tr√®s tr√®s ch√®re. Comment manipuler les dossiers de graphiques n√©cessaires mais √©normes ?
Facile. Nous projetions de vendre le jeu dans une bo√ģte, mais il faudrait un modem. Le code du jeu, les graphiques, les sons, etc. seraient sur disquettes souples (pas de Cd-rom non plus √† l'√©poque) et seules les donn√©es minima auraient √† passer par la connexion.
Comment les joueurs décideraient-ils qui devait entrer dans leur jeu?
Je proposais le concept "d'une salle d'attente" dans laquelle séjourneraient les nouveaux venus jusqu'à ce qu'ils aient trouvé quelqu'un qui veuille jouer avec eux.
Comment s'identifier ?
J'ai créé ce qu'on a surnommé "Facemaker," qui vous permettait d'arranger votre avatar en choisissant parmi un stock d'yeux, de nez, de bouches et de cheveux, cela incluait la calvitie, évidemment.
Et alors ?
Au bout d'un mois √† peu pr√®s, on a compris que √ßa n'allait pas √™tre aussi simple. J'ai d√©cid√© d'√©crire un contr√īleur de jeu, un simple test, pour v√©rifier si on pouvait r√©ellement d√©placer des objets et communiquer. √áa marchait. Mais nous √©tions toujours loin de faire des personnages d√©pla√ßables, de communiquer et d'interagir les uns sur les autres. J'ai donc con√ßu un backgammon. Puis un jeu d'√©checs. Nous n'avions toujours pas de syst√®me pour porter toutes les caract√©ristiques requises pour un jeu d'aventure. Mais on prenait tant de plaisir √† jouer les uns contre les autres que nous avons d√©cid√© de regrouper ce que nous avions dans un vrai produit. Ken envisageait un produit d'une simplicit√© telle que m√™me sa grand-m√®re pourrait l'utiliser. Cela dev√ģnt notre objectif. Mon √©pouse, Margaret, sugg√©ra de le baptiser au d√©part Constant Companion : n'importe qui pouvait se connecter √† n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et trouver quelqu'un pour jouer. Constant Companion est devenu The Sierra Network. TSN √©tait une pure r√©ussite √† cette √©poque l√†, surtout si l'on consid√®re le peu de joueurs qui disposaient d'un modem. (¬Ö)
Ainsi Larry 4, le jeu d'aventures en ligne en mode multi joueurs n'a jamais vu le jour. Alors pourquoi le suivant s'est-il appelé Larry 5 et non Larry 4 ? Pourquoi Larry 5 a-t-il succédé à Larry 3 ? Pourquoi Passionate Patti Does a Little Undercover Work! n'a-t-il pas pris le numéro 4 laissé vacant ?
Il y a plusieurs raisons à cela :
J'√©tais parti sur l'id√©e que la s√©rie formerait une trilogie. √áa me paraissait correct. J'√©tais assez content que les gens aient suffisamment appr√©ci√© Larry 2 pour pouvoir convaincre sans trop de probl√®mes Sierra qu'un troisi√®me √©pisode serait tout aussi bien re√ßu. J'ai donc fait une fin avec Larry 3 : Larry et Patti √©taient enfin ensemble; Larry racontait l'histoire de sa vie dans un jeu vid√©o ; il semblait √©vident qu'ils allaient vivre heureux ensemble jusqu'√† la fin de leurs jours... Quand Larry 3 avait √©t√© en pleine conception, j'avais travaill√© dessus des heures et des heures afin qu'il soit achev√© pour la p√©riode des achats de vacances de la saison 1990. Je me suis √©puis√© ; j'en √©tais m√™me fatigu√© de Larry. Quand des gens de chez Sierra me demandaient pour quand serait le prochain Larry, je leur r√©pondais de fa√ßon d√©go√Ľt√©e : "Aucun Larry 4 n'est pr√©vu ! Je m'arr√™te √† trois."
Quand finalement nous avons cess√© d'essayer de d√©velopper une aventure en ligne, j'ai propos√© quelques id√©es amusantes pour un quatri√®me jeu, mais j'√©tais coinc√© par le d√©but. Je n'arrivais pas √† imaginer comment d√©buter l'histoire puisque j'avais laiss√© Larry et Patti filant le parfait amour. Comment les sortir de leur cage dor√©e ? La situation commen√ßait √† s'√©terniser quand un jour, dans un vestiaire de Sierra, je tombe sur un employ√© que je n'avais pas vu depuis un moment. La premi√®re chose qu'il me dit alors c'est : " Alors, vous √™tes sur quoi en ce moment, Al ? Larry 4? " Et moi tr√®s b√™tement je lui r√©ponds: " Ah, non! Larry 5 ! Evidemment que je travaille √† Larry 4! " Un √©clair m'illumina soudain. Et pourquoi pas? Qu'est-ce qui me contraint √† respecter des r√®gles ? J'en ai parl√© un peu autour de moi. La r√©ponse √©tait pratiquement toujours la m√™me : " Larry 5? Qu'est-ce qui est arriv√© √† Larry 4?! " C'√©tait exactement ce que je voulais. J'√©tais maintenant compl√®tement lib√©r√© des contraintes de la fin de Larry 3. Je pouvais faire commencer le jeu n'importe o√Ļ. L'id√©e √©tait perverse, stupide, √©vidente et s'int√©grait parfaitement √† la mani√®re "Larry-esque". Elle r√©solvait le probl√®me et interpellait les gens : ils repensaient au jeu en se demandant si ils avaient manqu√© quelque chose. Cela, mesdames et messieurs du jury, est toute la v√©rit√© sur ce qui arriva √† Larry 4 ! Il n'y a jamais eu de Larry 4 et il n'y aura jamais de Larry 4. Estimez ce scoop √† sa juste valeur!
Retour donc à ce quatrième épisode, Leisure Suit Larry 5 : Passionate Patti Does a Little Undercover Work! au cours duquel Larry fait sa réapparition, chargé par une maison de production de films X de débusquer parmi trois lauréates, la présentatrice idéale d'un show télévisé sexy. Comme dans le précédent, le joueur incarne en alternance Patti qui enquête pour le FBI sur un réseau subversif implanté par la corruption.
Dans l'√©pisode suivant, Leisure Suit Larry 6 : Shape Up or Slip Out! Larry redevenu c√©libataire s'embarque dans un jeu t√©l√©vis√© qui lui permet de gagner un week-end dans un lieu de vill√©giature o√Ļ la drague va occuper le plus clair de son temps. L'√©pisode portant le num√©ro 7, Drague en Haute Mer, est un v√©ritable ratissage : Larry fait une croisi√®re dont l'objectif pour lui consiste √† s√©duire le capitaine, une v√©ritable bombe sexuelle objet de nombreuses convoitises mais pas si facile, car prime d'un concours, il faut sortir vainqueur de toute une s√©rie d'√©preuves.
Le syndrome de Larry Laffer est congénital. Dans l'épisode 8, Magna Cum Laude, à venir, ce n'est plus Larry le personnage central, mais son neveu Larry Lovage, pathétique loser lui aussi, employé dans un lycée qui passe la majorité de son temps dans sa chambre ou sur le campus à regarder les filles passer. Lorsqu'un reality show se présente, il décide d'y participer et gagne. Il se jette alors dans une épique recherche de l'amour ou de ce qui y ressemble et découvre que les choses ne sont pas toujours en accord avec ce qu'on aurait voulu qu'elles soient.




La véritable biographie de Larry, par Ralph Roberts and Al Lowe (1997)

Nous avions décidé (bon, d'accord Al et Larry avaient décidé) que ce serait moi qui écrirais le chapitre introductif de cette édition, comme je l'avais d'ailleurs fait pour toutes les éditions antérieures. De la sorte, de merveilleuses choses pourraient être dites sur ces deux types sans qu'ils aient à en rougir (ce qui aurait pu se produire sans cette précaution). Ce qu'ils n'ont pas vu tout de suite, c'est que cela me laissait l'entière et merveilleuse liberté de les coincer et pas qu'un peu. Je vous laisse imaginer comment ils sont tombés de haut.
Oh oui-la vie est belle.
Cependant, tout homme a un prix et depuis que Larry m'a promis qu'il me laisserait feuilleter son petit livre noir ¬Ö eh bien, pourquoi pas apr√®s tout ? D'autant qu'il m'a certifi√© qu'il me laisserait consulter des pages bien plus instructives que la derni√®re fois, des pages o√Ļ ces dames n'ont pas fil√© √† l'anglaise sans laisser d'adresse. Bon, pendant que nous attendons que Al nous verse un petit pot-de-vin ... ah... allez, je vais vous parler de Leisure Suit Larry, de notre Larry avec son costume de d√©tente - amoureux, aventurier, et encore tout plein d'autres choses ! Ceci est donc la premi√®re biographie compl√®te de Larry. Oui, c'est vrai, on sera meilleurs que Kitty Kelly sur ce coup ! C'est cocasse, non - c'est comme si elle n'avait jamais rien fait. N'importe comment, elle peut faire ce qu'elle veut, elle pourrait m√™me avoir les derniers instants de Sinatra et de Nancy Reagan, nous on a notre vieux copain Larry, et pour toujours. Larry, Larry Laffer - voil√† ta vie !
...Hé... Larry... Larry ? Hé, pleure pas, Larry.

Par la suite, nous aurons les intuitions d'Al Lowe lors de la création de Larry et, plus loin, quelques mots de Larry lui-même. Cependant, pour l'instant, revenons à cette biographie 'officielle' de Larry rédigée par les publicitaires des studios de Sierra On-Line dans les fascicules qui accompagnaient les deux premiers épisodes de Leisure Suit Larry et qu'on pourrait considérer comme des reliques. On en a retiré quelques éclaboussures...
La suite nous permettra de dater cette période de la vie de Larry qui va de sa naissance à sa première apparition dans une aventure. Voici donc le scoop inédit sur les premiers instants de la vie de Larry Laffer. Reste à l'écart de ça, enquêteur officiel !
Larry Laffer au moment o√Ļ d√©bute sa premi√®re aventure, Leisure Suit Larry in the Land of the Lounge Lizards, a 38 ans. Il vit chez sa m√®re depuis des ann√©es et selon toute vraisemblance, n'a jamais √©t√© autre chose qu'un fan d'informatique bien √©lev√©. Ses lectures (en dehors des magazines planqu√©s sous son matelas) sont des bouquins comme V√©rifiez vos ports parall√®les, Usage du Turbo Basic, ou The Unix Desktop Guide to Emacs. C'est le premier qu'il pr√©f√®re, celui qui parle du Turbo Basic. Larry donc √† cette √©poque √©tait un c√©libataire endurci : les femmes visc√©ralement, le terrifiaient. Obtenir un rendez-vous d'une jolie femme faisait autant partie de ses possibilit√©s que d'aller se promener sur la lune avec rien d'autre qu'une paire de Reboks. Il passait donc ses soir√©es du vendredi et du samedi terr√© chez lui, jouait sur son micro et √©coutait les disques de Barry Manilow, Air Supply et Boxcar Willie qu'il poss√©dait pratiquement tous. Si vous lui aviez demand√© qui selon lui √©tait le plus grand chanteur de tous les temps, il aurait longtemps h√©sit√© entre Manilow et Slim Whitman bien que dans un petit coin de son coeur, il eut gard√© une place pour Elvis. Y a quelque chose dans ces costumes blancs que portait le King qui n'est pas sans rappeler Larry.
Ne vous fiez pas à la petite taille qu'il semble avoir sur vos écrans. Dans la réalité, Larry mesure cinq pieds, dix inches (en moyenne). La raie de ses cheveux commençait déjà à prendre ses aises et, plus grave, son front remontait chaque jour un peu plus. Son ventre aussi commençait déjà à prendre de l'avance sur sa poitrine. Il portait généralement des chandails pour aller travailler et chaque jour il arborait une pochette différente.
Chaque matin, il mettait soigneusement trois stylos feutre de couleur : rouge, vert, noir dans sa poche de poitrine ainsi qu'un stylo √† bille bleu, un crit√©rium √† mine grasse et l'une de ces petites r√®gles en m√©tal indiquant les inches d'un c√īt√© et les centim√®tres de l'autre. Il n'utilisait jamais aucun de ces objets, mais sans eux il se serait senti nu.
La vie de Larry, r√©gl√©e comme du papier musique, a toujours √©t√© √† peu pr√®s la m√™me pendant toutes ses ann√©es d'√©tudes. Il est all√© au lyc√©e, a obtenu un dipl√īme d'informatique et a toujours fait les allers et retours. √áa lui est revenu moins cher mais il est pass√© √†-c√īt√© d'un tas de choses. Il n'a jamais bien saisi le sens de mixte. Il n'√©tait m√™me pas s√Ľr de savoir l'√©crire. Sa m√®re lui pr√©parait toujours le m√™me d√©jeuner √† emporter. Deux sandwichs, une pomme ou une banane (jamais les deux ensemble) et une petite tasse de pudding (chocolat ou vanille en alternance). Le jour qu'il pr√©f√©rait, c'√©tait le jeudi car ce jour-l√†, Larry avait droit √† du jambon. Peut-√™tre, n'est-ce l√† qu'une indication mineure sur le d√©veloppement ult√©rieur de Larry ? Il prenait le sac de papier brun qui contenait son d√©jeuner, se dirigeait vers sa coccinelle Volkswagen, mod√®le 1970, couleur rouille et partait pour son travail. Tous les matins, il r√©p√©tait les m√™mes gestes. Il ne changeait jamais d'itin√©raire et marquait toujours tr√®s consciencieusement le stop √† l'intersection d'Elm Street et d'Oak Street - bien qu'il y eut de la visibilit√© sur six kilom√®tres des deux c√īt√©s et qu'il n'y pass√Ęt jamais personne.
Avant de se pencher sur son go√Ľt du risque devenu l√©gendaire, Larry travaillait pour une petite soci√©t√© de mat√©riel high-tech qui produisait une gamme de machines command√©es par intelligence artificielle. Les sup√©rieurs de Larry, r√©cemment interrog√©s, ont tous d√©clar√© qu'ils auraient souhait√© pouvoir lui donner une parcelle de cette intelligence artificielle. Cependant, ils sont tous √©galement convenus que Larry √©tait minutieux ('enculeur de mouches' fut le terme le plus souvent employ√©) et que cette m√©ticulosit√© pouvait le retenir des heures durant devant une t√Ęche jusqu'√† ce qu'elle fut parfaitement r√©ussie. S'il avait eu √† concevoir des structures de base de donn√©es ou √† faire le point dans des jeux d'aventure, c'aurait pu √™tre excellent pour lui. Larry arrivait toujours au travail √† la m√™me heure, jamais en avance, jamais en retard. Il franchissait la porte du bureau des programmeurs √† 8 heures pr√©cises et gagnait son box. Vous avez remarqu√© sa curieuse fa√ßon de marcher ? Eh bien, ses coll√®gues de travail l'avaient aussi remarqu√©e. Tous les matins, il se rendait cattywompus dans son coin (pour une d√©finition de cattywompus, un bon vieux mot du Missouri, utilisez les touches Haut, Bas, fin de votre clavier pendant que Larry se d√©place sur l'√©cran, et vous aurez l'id√©e exacte de la fa√ßon dont Larry gagnait son espace de travail).
Il déposait son sac de papier brun dans le tiroir inférieur droit de son bureau, allumait son ordinateur et se mettait au travail. Il ne relevait pas la tête avant 10h : il sortait alors la pomme (ou la banane) de son sac et s'accordait une pause d'exactement quinze minutes, mangeait la pomme ou la banane et buvait l'unique tasse de café que la société offrait à son personnel. Dans ce même local, il prenait également 30 minutes pour déjeuner. Il mastiquait soigneusement ses deux sandwichs et son pudding à la vanille ou au chocolat. Juste avant de commencer, il achetait toujours la même boisson sans alcool (TAB) dans le même distributeur adossé au mur. Le jeudi, quand il savourait le jambon, un léger sourire éclairait parfois son visage. Quoi qu'il en soit, Larry était bien accepté par ses collègues : il aurait pu rester avec eux autant qu'il le voulait. Personne ne s'occupait de lui. Surtout parce que personne n'avait remarqué sa présence.
Son patron l'appréciait également beaucoup : il pouvait fanfaronner devant Larry pendant des heures. Son frère dont il parlait constamment, était dans le business des jeux pour ordinateurs et se faisait des couilles en or.
Larry se contentait de hocher la tête, continuait à travailler et ne demandait qu'à pouvoir prendre son repas à l'heure. Pour lui, jamais rien ne changeait. En fait, Larry Laffer était chiant comme la pluie. Et même lui en était conscient ! Il savait que la vie qu'il avait ne menait nulle part. Elle passait, tout bêtement, sans intérêt, sans surprise. En fait, en matière de distraction, il ne connaissait rien à rien.
En dehors des rubriques salaces qu'il lisait tard dans la nuit dans les magazines os√©s qu'il cachait dans sa chambre, Larry n'√©tait m√™me pas certain de ce qui lui manquait. Tout qu'il savait, c'√©tait que la r√©volution sexuelle avait d√Ľ se produire sans lui - il n'avait m√™me jamais remarqu√© les bureaux recruteurs. Larry n'avait jamais cherch√© √† fuir quoi que ce soit - il se contentait de s'inscrire dans la dur√©e.

Sexe ? Amour ? Etait-ce la m√™me chose ? Etait-ce diff√©rent ? Pouvait-on conna√ģtre l'un sans l'autre? Toutes ces questions, Larry se les posait d√©sesp√©r√©ment.
Sa frustration se trouvait encore renforcée lorsqu'il observait ses collègues pendant les pauses. Les hommes mariés rentraient chez eux le soir pour retrouver leurs épouses et revenaient le matin avec toutes sortes d'histoires glorifiant la vie conjugale. Ceux qui étaient célibataires ou divorcés en racontaient d'autres qui faisaient l'apologie de rencontres conquises dans des bars. Larry les écoutait, assis tout seul dans son coin et avait l'impression d'être un loser, un perdant malheureux et solitaire. Ce que, très précisément, il était.
Il ne lui v√ģnt jamais √† l'esprit que ces types pouvaient exag√©rer un tout petit peu : aimer dehors et dehors mentir. Il pensait que chaque sortie conduisait in√©vitablement au m√™me r√©sultat : culotte, culotte. Ses r√™vasseries √©rotiques se modifi√®rent en commen√ßant par l'inclure. Et dans le r√īle vedette, en plus - et plus seulement comme second couteau ou simple figurant. Son travail finit par s'en ressentir : des bugs commenc√®rent √† infester ses programmes. Forc√©ment, il ne pouvait pas rester concentr√© et r√™vasser en m√™me temps. Le tiroir de son bureau en fut m√™me contamin√© : il le d√©couvrit le lendemain quand il s'aper√ßut qu'il y avait oubli√© son d√©jeuner et que son poulet, salade et mayonnaise y avait pass√© la nuit. Il grilla le stop √† l'intersection d'Elm et d'Oak. Et pour une fois, il y avait de la circulation ! Un flic que la Volkswagen rouge de Larry avait manqu√© de peu, lui colla une amende avec d√©lectation.
Larry se mit √† s'int√©resser davantage √† ses coll√®gues f√©minines et √† fr√©quenter le centre commercial le samedi apr√®s-midi. Le samedi, toutes les femmes se donnent rendez-vous au centre commercial : il pouvait les regarder s'agiter, se bousculer, se tr√©mousser, et vivre ses fantasmes. Dans ceux-ci, toutes ces magnifiques petites poulettes litt√©ralement subjugu√©es par son charisme ne pouvaient s'emp√™cher de le toucher. C'√©tait super ! Mais, dans la r√©alit√©, dans la r√©alit√© du centre commercial, il n'osait pas en aborder une seule. Il n'en √©tait que plus malheureux. La nuit, un d√©sespoir silencieux le submergeait : il sanglotait dans son oreiller en le martelant du poing. Il r√©p√©tait √† voix basse : "Je suis l'homme le plus malheureux du monde". Pour s√Ľr, √ßa n'avait rien de dr√īle. Vraiment rien.
Il √©tait si d√©prim√© qu'il ne commanda m√™me pas le coffret contenant les six meilleurs titres de Wayne Newton qu'offrait la TV c√Ębl√©e. Il ne s'arr√™tait m√™me plus chez le disquaire pour voir si un nouvel album de Barry Manilow ou une bande √† 8 pistes √©taient sortis. La Volkswagen de Larry √©tait encore √©quip√©e d'un magn√©to 8 pistes et il attendait pour le changer de savoir si les cassettes avaient de l'avenir. Les Cd-rom ? Il n'en avait jamais entendu parler. Et puis, les titres de Manilow qu'il pr√©f√©rait n'√©taient que sur 8 pistes et certains √©taient m√™me en quadriphonie !
La maman de Larry fut la premi√®re - et h√©las la seule - √† remarquer les changements qui s'√©taient op√©r√©s en lui. Elle ne savait cependant pas comment les interpr√©ter. Larry de toute fa√ßon n'avait jamais √©t√© un enfant facile. Elle l'avait mis au monde, avait guid√© son enfance, l'avait amen√© √† l'√Ęge adulte et maintenant √† ce qui de toute √©vidence semblait √™tre sa seconde enfance, ou plut√īt pour √™tre exact sa seconde pubert√©.
Tout ce dont elle √©tait s√Ľre, c'√©tait que Larry traversait une mauvaise passe, allong√© sur son lit, la porte ferm√©e √† cl√© et sa cha√ģne hurlant ces maudits airs des ann√©es 70. Pourquoi n'aimait-il pas la heavy metal comme n'importe quel gamin normal ? √áa, plus le fait qu'elle trouvait encore sous son lit des magazines comme le National Geographic (surtout ceux avec des n√©gresses aux seins nus) la rendait tr√®s perplexe. C'√©tait frustrant en diable pour la maman de Larry. Elle en avait de toute fa√ßon assez de lui. Apr√®s tous ces sacrifices, et son papa absent toutes ces ann√©es durant, le temps √©tait venu de vivre un peu pour elle. Elle pouvait encore plaire.
Les r√©sultats de Larry connurent une telle d√©gringolade que son agence d√©cida de se passer de ses services. Ainsi, tragique co√Įncidence, Larry fut mis √† la porte le jour o√Ļ il d√©couvrit que sa maison avait √©t√© vendue. En rentrant, il trouva un message de sa maman. Elle lui souhaitait s√®chement bonne chance et lui expliquait qu'elle s'√©tait achet√©e un simple condominium en Floride du sud. Elle ne laissait aucune adresse.
"Vous n'allez pas laisser votre tas de ferraille ici, " dit l'agent immobilier, ramenant Larry à la réalité. Il la regarda un instant déconcerté ; elle était appuyée sur une flamboyante voiture de sport rouge. "Ce n'est plus votre maison maintenant, guignol," expliqua-t-elle gentiment. "Alors, tirez-vous." Ce fut l'un des moments les plus sombres et les plus tragiques de la vie de Larry.




Il arrive un moment dans la vie o√Ļ les hommes doivent d√©cider d'affronter leur destin. Ce moment √©tait arriv√© pour Larry Laffer. Sa m√®re ne s'√©tait pas content√©e de fuir la maison, elle l'avait vendue dans son dos ! Il n'avait plus de travail et aucune perspective d'en retrouver un. Il √©tait temps de tirer un trait sur tout √ßa. Il fallait remettre les compteurs √† z√©ro ; il allait faire tout ce qu'il n'avait jamais fait jusque l√† et en particulier se mettre en chasse : les nanas n'avaient qu'√† bien se tenir, il savait o√Ļ aller, ouais, et sans h√©siter cap sur l'ouest, sur Lost Wages, la capitale des p√©ch√©s. Larry, sous l'oeil vigilant de l'agent immobilier, rassembla ses maigres biens dans la Volkswagen. En fait il n'y avait pas grand-chose. Sa m√®re avait d√©j√† emport√© ce qui avait un peu de valeur, la cha√ģne st√©r√©o et l'ordinateur. Il lui restait quelques livres d'informatique et quelques magazines et, bien s√Ľr, sa collection de Barry Manilow. Il se mit au volant, poussa un soupir aussi triste que d√©termin√©, puis s'√©loigna. Il passa par Elm, il se dirigeait vers le centre ville. Une nouvelle vie s'ouvrait √† lui, il √©tait le type parfait pour la situation. Trop cool : la chasse aux poulettes √©tait ouverte.
Il hocha la t√™te. Ouais, la vie est belle. Pourtant, il avait d√Ľ y avoir pas mal de changements en 20 ans. Tant que √ßa ? Bof. Il √©tait pr√™t √† parier que les Beatles √©taient toujours ensemble. Tout ce qu'il lui fallait, c'√©tait un peu de fra√ģche, juste assez pour montrer qu'il √©tait cool. Il √©tait s√Ľr que cela suffirait pour que les filles se pendent √† son cou. Il rayonnait de confiance en se garant devant la boutique du pr√™teur sur gages d'Uptown-Downtown, dont l'enseigne indiquait Epicerie fine et Night Fever Polyester Plaza, un magasin minable et crasseux, m√™me pour lui.
Larry entra dans la boutique et posa tout son bien sur le comptoir. "Vous avez d√©cid√© de me faire replonger en enfance, mon petit gars, " commenta l'√©picier d'un air d√©go√Ľt√© en faisant glisser un tron√ßon de cigare √©teint d'un coin de sa bouche √† l'autre, puis en l'agitant n√©gligemment au-dessus de la pile de disques.
"Y a rien que du bon dans tout ça," dit Larry plein de confiance. "Le top du top. Du Manilow, en un mot. Très chaud, mec, très chaud."
Vous avez une id√©e du type de fringues que vous pouvez √©changer contre la collection compl√®te de Barry Manilow ? Bon, l'√©picier √©tait trop heureux de faire une affaire : il avait un costume de d√©tente, en polyester blanc, suspendu l√† depuis 1973. Se sentant juste ce qu'il faut un tout petit peu coupable, il rajouta pour faire bon poids une v√©ritable cha√ģne plaqu√©e or en toc, un bon cadeau pour le Disco On Fire Health Club et Dance Spa qu'il avait eu gratuitement quelque part et une mauvaise paire de chaussures √† talonnettes tr√®s us√©e.
Larry se changea dans les toilettes et sortit transformé : c'était un homme neuf, méconnaissable, un type cool, à l'air dégagé, à la démarche souple, le grand, le seul, l'unique Leisure Suit Larry qui n'avait plus rien à voir avec Larry Laffer, le pathétique loser !
Il descendit en bas de la rue et entra au club Sant√© et bodybuilding o√Ļ il resta un quart d'heure, fit une rapide visite au salon de coiffure pour se faire faire une coupe bouffante "Fi√®vre du samedi soir" - ne rien n√©gliger quand on part draguer - et en voiture lisette, c'√©tait parti !
"Tournez-vous par ici, mes rusées petites poulettes," se dit Larry, en suivant le trottoir pour regagner sa voiture. Il n'y avait pas une nana à proximité, rusée ou non, mais cela n'empêchait pas Larry d'essayer quelques mouvements cool, tout à fait à la manière de John Travolta dans son film disco préféré. Eh ! Travolta portait bien un costume blanc, non ? Et que dites-vous de ce vieil Elvis, ouais, le King lui-même ! Ah, qu'il aurait aimé être la synthèse de ces deux matous affranchis, un danseur qui puisse chanter. "Stayin' alive, stayin' alive," chantait-il en faisant un tour complet sur lui-même en arrivant devant sa Volkswagen. Le fait que les jeunes d'aujourd'hui puissent ignorer qui était Travolta et même Elvis, Larry s'en fichait. Après tout, ces deux-là étaient des légendes contemporaines. Presque aussi haut, dans les annales de tous les temps que Barry Manilow et Slim Whitman qui y figuraient déjà. Sans parler de Perry Como !
Une jeune femme qui faisait son jogging ignora superbement Larry apr√®s avoir jet√© un unique coup d'¬úil surpris et incr√©dule sur son costume blanc. "Merci," dit Larry dans sa meilleure imitation d'Elvis qui √©tait loin d'√™tre excellente. "Merci beaucoup." Il aurait aim√© avoir un mouchoir imbib√© de sueur ou n'importe quoi d'autre √† lui jeter. √áa avait toujours march√© avec Elvis. Il aurait d√Ľ apprendre comment transpirer comme Elvis. Yeah !
Il monta dans sa Coccinelle et démarra. Prochain arrêt : Lost Wages ! Regardez par ici, superbes nanas du monde entier, Leisure Suit Larry est en chasse ! Prenez un ticket, attendez votre tour. Merci. Merci beaucoup. "Stayin' alive, stayin' alive " chantait Larry en se dirigeant vers Lost Wages.

Lost Wages, Nevada, ressemble la nuit à un énorme dinosaure de néon constitué de 6.000 acres de rondelles de métal électrifiées. C'est ce qui sauta aux yeux de Larry Laffer pendant que sa Volkswagen bourdonnante achevait sa montée et que la cité du désert s'étendait devant lui.
Cette ville, √† la diff√©rence de sa proche voisine, Las Vegas, ne donnait pas plus dans la finesse qu'une chambre de commerce. L'endroit existait pour une seule et unique raison : fournir √† des groupes d'entreprises un moyen commode pour tondre les pigeons. "Il y a un pigeon qui na√ģt chaque minute," avait d√©clar√© P.T. Barnum au si√®cle dernier. "Larry a mis trois fois plus de temps que les autres pour na√ģtre, ce sale petit pigeon !" avait souvent r√©p√©t√© sa m√®re √† ses sympathiques amies ce si√®cle-ci. "Bienvenue √† Lost Wages !" pouvait-on lire aux limites de la ville que la Coccinelle de Larry venait de franchir en bourdonnant. Larry savait que pas mal de gens √©taient venus √† Lost Wages en voiture et √©tait repartis en bus ou en train. C'√©tait des imb√©ciles, voil√† ce qu'il en pensait ! Ils √©taient venus l√† pour jouer et ils avaient tout perdu. Il √©tait bien plus fut√©; lui, il n'√©tait l√† que pour les nanas. Ouais. Il n'allait pas gaspiller une minute de son temps sur des machines √† sous ou aux tables de blackjack. Non monsieur.
Bon ... Peut-√™tre un tout petit peu. Il √©tait juste un peu court en liquide. En fait, il avait d√©pens√© ses derniers dix dollars en essence et dans un spray pour l'haleine une centaine de kilom√®tres plus t√īt. Il √©tait lessiv√© et sa carte de cr√©dit venait d'expirer. Un peu de liquide pour impressionner ces dames c'√©tait n√©cessaire. Son premier business, conclut Larry en p√©n√©trant dans les faubourgs, √ßa allait √™tre de se refaire. Juste quelques milliers. Pas plus. Inutile de se montrer trop gourmand. Il passa devant une autre affiche. Celle-l√† faisait de la publicit√© pour la grande bo√ģte de taxis du centre. "Pas besoin de marcher ! Prenez nos taxis : ils sont pas chers, propres et luxueux!" Un chauffeur avec un sourire de circonstance chaud et amical, accoud√© √† la fen√™tre d'un taxi dernier mod√®le et reluisant illustrait le slogan de sa photo. P.T. Barnum aurait appr√©ci√© : "Id√©al pour faire une belle sortie, pour s√Ľr !" aurait-il rigol√© dans sa barbe. Toutes ces subtilit√©s, pourtant, passaient largement au-dessus de la t√™te de Larry. Il pensait que le mot "nuance" d√©signait une sorte de parfum ou qu'il s'appliquait aux gens ivres. C'est pourquoi il prit cette affiche au premier degr√© et s'imagina que c'√©tait la solution √† ses probl√®mes de transport.
L'enseigne d'une agence de voitures d'occasion attira son attention. C'était un endroit minable qui avait l'air de végéter depuis des années, mais au moins la pancarte "ouvert" était toujours derrière la vitre du petit cabanon rouillé qui servait de bureau. "A-1 Voitures Honnêtement Usagées." C'était exactement ce qu'il avait, une voiture d'occasion honnêtement usagée. Larry avait toujours tendance à croire tout ce qu'il lisait.
Bon, il ne faut pas toujours se fier √† l'apparence, d√©cida-t-il, s√Ľr qu'il allait faire une bonne affaire comme l'affirmait la publicit√©. Puisque Lost Wages disposait de ce fantastique service de taxis, il n'avait plus besoin de voiture. Il allait vendre la sienne, placerait l'argent sur les tables de jeux et se constituerait un vrai p√©cule qu'il ferait fructifier dans une banque. Simple, non !




Il mit son clignotant, entra sur le parking et se gara devant le bureau. Il poussa la porte qui grinçait et vit un homme, les pieds posés sur un bureau poussiéreux, regardant derrière lui sans grande marque d'intérêt. "Les affaires tournent au ralenti, hein?" dit Larry.
"Pas plus que √ßa, mec," r√©pondit l'homme. √Ä contrec¬úur, il retira ses pieds du bureau, en fit le tour et s'approcha de Larry en lui tendant la main. "Je suis Honest Tricky Dick ; c'est moi le patron. Que puis-je pour vous ?" Larry se gratta la t√™te. Il s'interrogea un instant sur le nom de Honest Tricky Dick (Honn√™te et rus√©), puis il se lan√ßa dans la transaction. "J'ai cette superbe voiture, une v√©ritable pi√®ce de collection..." commen√ßa-t-il. Honest Tricky Dick regarda par la fen√™tre. "O√Ļ √ßa ? Tout ce que je vois c'est une Volkswagen qui a l'air plut√īt mal en point. Joli, pourtant, ce truc : la peinture rouge cache bien la rouille. H√©, h√©." "C'est un classique," dit Larry qui cherchait d√©sesp√©r√©ment √† se rappeler le jargon qu'on utilisait pour les voitures d'occasion. "Une v√©ritable affaire. Presque comme neuve. √Ä peine servie. √Čtat d'origine. Jetez-y un oeil" "Ouais, ouais," dit Honest Tricky Dick pas du tout impressionn√©. On dirait un mod√®le 70 ou 71, hein? Ok, l'argent de toute fa√ßon n'est pas √† moi alors je vais l'acheter." Il secoua la t√™te, d√©go√Ľt√©. "On doit pas √™tre du bon c√īt√© de Lost Wages ici. H√©. H√©. Tout le monde veut vendre quelque chose et jamais personne n'ach√®te rien." "Alors," dit Larry qui se voyait d√©j√† avec plusieurs centaines de grosses coupures dans les poches, "comment vous faites pour tenir le coup ?" "J'ai un contrat avec Sierra On-Line, vous savez, ceux qui s'occupent de jeux pour les ordinateurs. Ils ach√®tent mes reprises en gros, " dit Honest Tricky Dick. "Ils utilisent ces tacots dans des jeux comme Police Quest. Avec ces nouveaux graphismes en VGA, vous pouvez m√™me faire qu'une vraie poubelle paraisse bonne. √áa permet aux producteurs de faire pas mal d'√©conomies. H√©. H√©." Larry soupira. Ce rire stupide commen√ßait √† l'agacer. Pourquoi est-ce qu'il avait l'impression de l'avoir d√©j√† entendu des centaines de fois ici, √† Lost Wages ? "Ouais, bon combien vous me donnez pour ma jolie petite Coccinelle d'√©poque ?" demanda-t-il. "94 dollars," dit Honest Tricky Dick. "A prendre ou √† laisser, et je vous d√©pose dans le centre." Bon, Larry marchanda comme un beau diable mais Honest Tricky Dick campa sur ses positions. Larry finit par accepter et Honest Tricky Dick le v√©hicula jusqu'au centre.
Ils étaient arrivés dans un quartier assez minable. Des ordures jonchaient les rues et les chiens en liberté avaient marqué leurs territoires avec de glorieux abandons. "Qu'est-ce que vous venez chercher ?" demanda Honest Tricky Dick. "Des femmes, des nanas, des petites poulettes."
"Impec, je vous trouve ça." Il s'arrêta. "Bon, ici c'est le meilleur endroit pour ça. Hé, hé. J'y viens moi-même assez souvent. N'entrez pas dans la ruelle sombre là-bas." "Merci," dit Larry et il descendit. Il regarda la rue. Il y avait un bar. "Chez Lefty," indiquait le panneau au-dessus de la porte.
Honest Tricky Dick s'√©loigna ; Larry fit l'inventaire de ses poches. Un portefeuille us√© contenant 94$, un spray pour rafra√ģchir l'haleine qui n'avait pas encore servi et une montre-bracelet. C'√©tait tout ce qu'il poss√©dait, en plus de son fantastique costard blanc, une priorit√© majeure pour la drague.
"Stayin' alive, stayin' alive," chantait-il. En voyant un petit chien s'approcher - on pouvait lire son envie dans ses yeux - il décida d'entrer dans le bar pour débuter l'aventure.
"Hé, va voir plus loin, toi," dit-il parce que le chien, toujours aussi déterminé à lever la patte, se rapprochait encore. Il accéléra l'allure et poussa brusquement la porte du bar (et comment espérez-vous qu'il ait pu l'ouvrir autrement). Tout le reste, comme on dit, n'est que légende.







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